En ces temps de grisaille automnale, j’aime à me souvenir de mes promenades estivales. A trois pas de chez moi se trouve un petit bois comme il y en a tant dans cette belle région de Seattle :
Dès qu’on pénètre dans le bois, sur le chemin moelleusement tapissé d’un broyat d’écorces de pin, l’atmosphère sonore change brusquement. C’est un autre monde. La ville n’existe plus. C’est à peine si elle parvient à se rappeler à vous, le temps d’un grondement lointain, au passage d’un avion.
Ici, tout semble en suspens. Sous l’apparente immobilité du monde végétal, on devine la vie qui fourmille, bruisse dans les feuilles, s’élance dans les hauts arbres habillés d’une mousse langoureuse et têtue. Le silence est comme un souffle qu’on retient…
Parfois, un pivert invisible tambourine à la cime d’un arbre. L’eau murmure en contrebas. Facétieuse, elle joue à cache-cache avec les pentes, et l’on se demande, perplexe, si le ruisseau ne s’est pas démultiplié.
Quelles créatures peuplent ce vert écrin ? Pas une mouche, pas un oiseau ne vole. Il y avait bien quelques lapins à la lisière du bois, mais ils n’ont pas l’air de pénétrer plus avant. Les lapins ne semblent pas de ce monde-ci. Ils sont un peu hybrides : ils viennent aussi bien baguenauder dans les jardins de la ville et flirter avec les frontières de ce monde secret.
Soudain la forêt semble répondre à ma question muette : un frôlement dans les fougères attire mon attention. Une silhouette qui rappelle un chien, pas très haut, de grandes oreilles dressées, le poil gris-blanc. Un coyotte ? Il m’observe. Je le sens attentif, mais pas inquiet ni agressif. Il est ici chez lui, je ne fais que passer.
C’est la fin de l’après-midi, ma promenade s’achève. Reste le joli souvenir de quelques instants hors du temps, à l’écoute de la nature…
