Ici dans la région de Seattle, il y a un nombre incroyable de gens de tous les pays, de toutes les nationalités. Alors, quand vous vous présentez à un Américain, la question qui suit inévitablement c’est : d’où venez-vous ? La différence avec les souvenirs aigres de mon enfance, c’est que la question est posée avec une curiosité et un intérêt sincères. Les gens semblent accepter volontiers cet afflux d’étrangers. Certains Américains vous disent même qu’ils apprécient cette région à cause de sa diversité ethnique !
Il faut reconnaître que les Américains sont très accueillants. Nos premiers mois ici se sont déroulés comme dans un rêve. Quand nous nous sommes installés dans la maison, des voisins sont venus spontanément se présenter et nous offrir une assiette de brownies, ainsi qu’une liste d’adresses utiles comme les commerces, médecins, dentistes, stations services… Ils nous ont invité à participer aux dîners de quartier : une fois par mois, les voisins se retrouvent dans un restaurant du coin pour dîner ensemble. On n’a pas réussi à s’y montrer encore, l’horaire est un peu trop américain pour nous (17 h 30) !
En dépit de cet accueil chaleureux, je comprends mieux maintenant l’hypersensibilité de ma mère à la discrimination. Je me suis retrouvée dans sa situation, celle de l’étrangère. Même si on parle la langue du pays correctement, il y a une foule de choses qui nous échappent, car il nous manque les références et la culture pour décoder tout ce qui nous entoure. On sent d’ailleurs que la communication n’est pas la même quand les Américains s’adressent à nous (ils font l’effort de parler clairement et pas trop vite), et quand ils parlent entre eux. Le pire, ce sont les blagues… il est bien rare qu’on arrive à en saisir le sens. La barrière linguistique (et donc culturelle) est un mur intangible qui nous maintient à l’écart, et nous conduit parfois à interpréter négativement une attitude neutre.