Comme je suis une immigrée, je rencontre d’autres immigrés qui sont dans la même posture que moi : essayer d’améliorer son niveau de langue en parlant le plus possible, se faire de nouvelles connaissances, apprendre la culture américaine et les règles du jeu social. Ces rencontres sont rendues possibles grâce au dévouement de personnes auxquelles je veux rendre hommage ici. L’ouverture d’esprit, la disponibilité, l’humanité dont elles font preuve nous permet de donner corps à notre rêve américain d’immigrés : en nous acceptant et en nous respectant, elles nous portent à croire que nous avons franchi un premier pas dans l’intégration.
À première vue, cette tolérance semble être une valeur partagée par la majorité des gens ici. Tout le monde affiche une attitude bienveillante d’acceptation de l’Autre, sans jugement de valeur. Pas étonnant alors que les Américains soient si relax, et s’habillent sans complexe en tongs et bermuda pour aller au boulot ! Et dans la Middle School (l’équivalent du collège en France) de mon fils, j’observe d’un œil incrédule le binoclard boutonneux côtoyer le beau gosse populaire dans une ambiance bon enfant, l’un étant aussi à l’aise que l’autre dans ses baskets. Je me sens comme Candide ici…
Bien sûr, en bonne Française (je sens que là, je vais être désavouée par certaines personnes), il faut bien que j’essaie de trouver la faille de cette société idyllique ! Qu’est-ce qui peut bien clocher ici ? Sont-ils authentiquement altruistes ou n’est-ce qu’une façade ? Mon idée est que les Américains ne sont pas forcément meilleurs que les autres, et l’entraide spontanée existe aussi en France, comme probablement dans tous les autres pays du monde. Seulement, la société américaine est foncièrement dans l’extraversion (vous remarquerez qu’ici la psychologie n’est pas réservée aux psychologues, elle semble faire partie de la culture de base de tout un chacun, et on est très attentif au caractère introverti/extraverti, au langage corporel, tout comme les techniques de persuasion sont quasiment enseignées en Middle School). L’altruisme est une valeur phare de la société américaine, alors il faut montrer au monde qu’on la pratique assidûment.
Bon voilà, j’ai réussi à pousser mon cocorico : en bref, nous, les Français, on n’est pas moins altruistes, c’est juste qu’on ne le crie pas sur tous les toits. Et pourtant… certes ils ont une façon un peu lourdingue d’enfoncer le clou sur ces valeurs politiquement correctes (les journaux télévisés regorgent d’histoires de héros ordinaires comme cet employé de Dairy Queen qui a rendu, en le prélevant sur sa propre paye, le billet dérobé à un pauvre aveugle par une cliente malhonnête), mais à force, cela donne tout de même un peuple qui vous accueille avec gentillesse et bienveillance, et qui est toujours prêt à rendre service. C’est un peu la méthode Coué*, mais ça marche !
* Il semblerait que la méthode Coué soit bel et bien l’ancêtre de la pensée positive et des méthodes de développement personnel qui fleurissent de nos jours ! Cette méthode d’autosuggestion a eu un succès tout particulier aux États-Unis, et son auteur (Émile Coué de la Châtaigneraie), un comble, était français !